ENTRE BURN-OUT, BORE-OUT OU BROWN-OUT… QUE CHOISIR ?

Nous connaissions les activités qui amènent le professionnel à se surmener (burn-out), nous avons entendu parler de certains postes qui plongent le professionnel dans un ennui à mourir (bore-out), et voici désormais que l'absurde s’invite dans les tâches quotidiennes du professionnel (brown-out).
Faisons le point sur ces trois pathologies que nous offre le monde du travail pour ne pas en devenir victime.

Le burn-out

Le burn-out ou " syndrome d'épuisement professionnel " se définit par un épuisement général qui atteint aussi bien le soma que la psyché et la sphère des émotions issu d’une surcharge de travail qui se prolonge. Ce phénomène désormais mieux connu engendre une forme de déséquilibre entre les ressources de l’individu et la situation de travail qui impose une forte pression quotidienne. La charge de travail devient telle que les ressources s’épuisent à une vitesse « grand V » sans avoir le temps de se ressourcer ce qui empêche la récupération du professionnel, même sur de courtes durées (ex. soir ou WE). Il s’agit bien d’une forme de fatigue psychologique qui s’installe de manière sournoise et qui invite à l’occulter car l’admettre peut être vécu comme un sentiment de culpabilité et d’échec personnel. Il reste toujours utile de s’en rappeler les principaux symptômes, comme les insomnies, l’anxiété, le mal de dos ou la perte de mémoire. Pour autant, la reconnaitre comme une maladie professionnelle est encore un débat d’actualité auprès des experts compétents à légiférer.

Le bore-out

Plus récent, le phénomène du bore-out fait parler de lui, mais il reste cependant tabou. Il signifie (à l’inverse du burn-out) l’ennui au travail qui manifestement provoque également une forme d’épuisement général qui peut se transformer en dépression. Concrètement, le professionnel est sous-employé durant ses journées de travail. Peu à peu, les premiers signes pathologiques s’installent : de la fatigue psychologique et physique, de l’anxiété, un état de déprime et/ou une baisse d’estime de soi, du stress. Il ne s’agit pas d’une baisse passagère du flux d’activité qui conduit à ce phénomène. L’ennui est bien réel et il dure jusqu’à en devenir invivable. Nous pouvons faire référence à Csikszentmihalyi pour comprendre le bore-out avec l’expérience optimale. L’auteur situe l'ennui du professionnel lorsque les défis sont faibles, mais que le niveau de compétence dépasse les défis, ce qui pousse à rechercher des défis plus élevés, mais ces défis ne viennent pas. On maintient le professionnel en sous régime, en sous stimulation intellectuelle ce qui engendre, à terme, de la souffrance psychique et plus, car le professionnel va tenter de trouver des stratégies pour s’occuper, mais de quelle façon ?  On observe alors des pauses plus fréquentes qui invitent le professionnel à consommer un peu plus de caféine, de nicotine, de glucose, voire des boissons alcoolisées qui pour certains chercheurs corrèlent ce type de comportement à une augmentation des accidents cardiovasculaires. Le bore-out devient alors « bored to death ».

Le brown-out

Encore plus récent, Andre Spicer et Mats Alvesson ont mis en avant le phénomène du brown-out, qui s’assimile à une baisse de régime (littéralement « une baisse de courant ») lié à une perte de sens des tâches que l’on réalise qui peuvent paraître absurdes voire stupides, une remise en cause de la finalité de son travail, un questionnement des valeurs et de la culture de son entreprise. On observe chez le professionnel une forme de dépression au travail qui va faire naitre de la démotivation jusqu’à un manque de confiance en soi. Pour autant, le professionnel en question reste fonctionnel et est capable d’accomplir ses tâches, même de façon apathique. Mais, cet état d’apathie peut se généraliser et se prolonger dans la vie privée.

Dans tous les cas, il semble prioritaire de se prendre en main et de se faire accompagner pour rebondir et sortir de ces spirales humainement néfastes.  Nous sommes bien à l’encontre de l’épanouissement et du bien-être au travail. La question de ce qu’on a vraiment envie de faire demain, comme élément actif au travail, devient cruciale.

 

Pascal MARTIN

Professeur en Psychologie et Management

ESSCA, School of Management

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