 Destructuration du temps et dysfonctionnements |
| Ecrit par Philippe ACHALME, DRHF de Avenance Enseignement et aujourd’hui DRH de PROSEGURE |
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DESCTRUCTURATION DU TEMPS ET DYSFONCTIONNEMENTS : ou comment retrouver le sens de la mesure ?
Présentation auteur Philippe Achalme, DRHF de Avenance Enseignement et Santé, Groupe Elior, spécialisé dans la restauration collective, où il gère 8000 personnes réparties sur 1500 sites en France. Diplômé de l’ESSEC en 1979, il consacre les premières années de sa carrière à BASF France et à Texas Instruments France, avant de rejoindre SPIE Batignolles à la gestion des Ressources Humaines. Il est ensuite devenu DRH du Groupe Chantiers Modernes Routes. En 1994 il a rejoint Générale de Restauration devenue depuis Avenance entant que DRH de la Division Province. Foisonnement des projets et multiplication des urgences Lorsque l’on évoque le temps, les noms de Chronos et de Saturne viennent à l’esprit : « Saturne porte un joli nom », comme le chante Brassens tout en ajoutant « mais c’est un dieu fort inquiétant». Le dieu romain du temps, père de Jupiter, a donné son nom à l’une des planètes de notre système solaire, plutôt lente et lointaine, qui certes évoque le cycle inexorable de la vie et de la mort, mais ne nous fait en rien penser à un débordement d’activités. Or, à l’opposé de cette image, les organisations humaines vivent de plus en plus dans le foisonnement des projets de changement et dans la multiplication des urgences qui font peser sur les personnes des contraintes nouvelles et paradoxales quant à la maîtrise de leur propre temps. Emiettement des temps sociaux et mise en question de l’autorité Certains se demandent si les hommes et les femmes de l’entreprise ne sont pas devenus les otages d’un fonctionnement temporel, nouveau et stressant. De même, on peut lire sous la plume d’Henri Mendras dans son dernier ouvrage « La France que je vois » : « cloisons et hiérarchies ont cédé devant le développement des réseaux et de l’individualisme qui rejette toute règle imposée par une autorité. La descente du pouvoir et la montée du niveau culturel ont donné à chacun les moyens de construire son individualité, entraînant une difficulté d’être soi ». En somme, on assiste à un émiettement des dispositifs de régulation collective des temps sociaux et à une mise en questions des structures d’autorité qui dans un double mouvement, autorise chacun à gagner plus d’autonomie et le soumet à une responsabilité plus grande. Autonomie, responsabilité et interdépendance L’autonomie devient la norme, et ce non seulement pour les cadres, qui exige que l’individu soit capable de s’approprier les enjeux des organisations, d’y faire face et, dans le meilleur des cas, de développer la coopération avec les autres acteurs autonomes pour mener à bien les projets. Toutefois, il faut se demander jusqu’où peut aller cette recherche de l’autonomie pour ne pas dériver vers la démesure de celle-ci, génératrice de solitude, de stress et d’inefficacité dans l’agitation. S’il faut bien évidemment encourager la prise de responsabilités et le développement de l’autonomie des acteurs dans les organisations, il faut le faire en développant une culture du projet collectif, de l’interdépendance et de la coopération pour lui donner un sens et en faire un levier de changement. Nouveaux moyens technologiques et invasion de la simultanéité Les outils technologiques, depuis l’invention de la télécopie, gagnent en puissance, en rapidité, en « portabilité ». Leur utilisation a largement contribué à augmenter les contraintes qui pèsent sur les individus car dans le même temps où ces moyens nouveaux ont renforcé la capacité d’autonomie en permettant à chacun de travailler, où il veut et quant il veut, ils ont également permis le développement de nouvelles demandes de quasi-simultanéité des réponses. L’ordinateur et le téléphone peuvent maintenant accompagner chacun dans ses déplacements, et le rendre joignable à tout moment et en quelque sorte, le laisser « branché » en permanence. On s’aperçoit donc que notre temps a changé de rythme, « de tempo » et que les rites sociaux qui, hier encore, organisaient des pauses dans la journée, dans la semaine, dans les saisons, n'ont plus la même prégnance et laissent au contraire la personne libre d’organiser elle-même son temps, au risque de se perdre dans les illusions de la simultanéité et de la toute puissance. Equilibre de vie et sens de la mesure : de Chronos à Kaïros L’individu, dont les moyens d’action se sont accrus en terme de communication et de travail personnel, qui peut emporter son bureau avec lui est donc confronté à la nécessité de fixer le cadre de ses priorités, alors même qu’il est de plus en plus sollicité par des projets différents, des obligations de responsabilité toujours plus grandes. Il lui faut donc gérer sa sphère directe de responsabilité, sa participation à des groupes de projet, son implication dans des évolutions à moyen et long terme, tout en essayant de préserver l’équilibre de vie qu’il doit lui-même élaborer, car plus aucun modèle ne s’impose à lui. L’homme et la femme d’aujourd’hui se retrouvent donc face à la nécessité de construire leur vie au quotidien en choisissant leurs engagements, en calibrant leur investissement en temps, en recherchant le juste moment, la juste implication. En sommes, il nous faut suivre plutôt Kaïros, le dieu du juste moment, que Chronos, le dévoreur de ses propres enfants et développer notre capacité de discernement, de concentration et d’action efficace pour relever ce défi de la responsabilité individuelle. Bibliographie : « La France que je vois » Henri Mandras Edition Autrement collection Frontières « Les mondes sociaux de l’entreprise » Renaud Sainsolieu « Le coatching d’entreprise » Edouard Stacke Edition Organisation
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